Dans Pékin, il est de petites rues flanquées de maisons grises, entre la Tour du Gong et la Tour du Tambour. Les portes aux peintures rouges sont abîmées par le temps qui passe et les saisons austères, mais elles cachent des cours intérieures où fleurs et feuilles rivalisent de couleurs. A flâner dans les ruelles de 南锣鼓巷, on peut trouver n'importe quoi, un souffleur de sucre, un CD de chants d'une minorité ethnique japonaise, des Feiyues qu'ici personne ne s'arrache, un oiseau dans sa cage, des machines à remonter le temps jusqu'à un Pékin d'avant.
Si on me donnait le choix, je donnerais pas mal de choses pour pouvoir retrouver ne serait-ce qu'un peu de la nourriture cantonaise à Pékin. Les chinois disent souvent "吃在广州" - manger à Guangzhou, et je commence à comprendre pourquoi.
Les bouchées à la vapeur de Guangzhou, auxquelles j'ai pu goûter à nouveau il y a deux semaines
Avant de venir à Pékin, je pensais naïvement que même si les plats différaient, on retrouvait grosso modo le même type de cuisine, le même fonds culinaire dirais-je, dans les grandes villes chinoises. Grave erreur. La cuisine de Pékin est épicée, dégoulinante d'huile ou débordante de poivre, et il semble que les aliments doivent cohabiter au moins à trois dans chaque plat. Cuisson vapeur? Boh, trop simple. Autant rajouter un peu de ceci et beaucoup de cela, et comme cela, le plat aura le goût de la grasse sauce qui lie les aliments entre eux, c'est-à-dire, le goût de rien.
Pour faire justice à la gastronomie pékinoise, le canard laqué de 全聚德-QuanJuDe est vraiment, vraiment pas mal. C'est là que Zorro et deux de ses amis nous ont emmenés après notre visite de la Cité Interdite, en sacrant ce restaurant "meilleur restaurant de canard de toute l'Asie"! On nous donne même à la fin du repas une carte attestant que oui, vous avez dîné du 275 millionème canard du restaurant. Pauvre canard... Il était bien bon. Ils ont également de la soupe au canard, des rouleaux de printemps frits farcis aux filaments de canard, des têtes de canard laqué, des langues de canard à l'asperge à la sauce XO, bref, toutes les variations possibles et imaginables, ou presque, sur le canard.
Le chef découpant avec maîtrise notre canard laqué, sous nos yeux ébahis
L'orgie de canard ne pouvant se renouveler tous les jours, il faut se rabattre avec plus ou moins de bonheur sur les différentes cantines du campus. (Soyons néanmoins reconnaissants à M. Sanity Check, qui a décrété toutes les cantines de Tsinghua de rang A pour la propreté. Je ne me permets pas d'en douter, bien sûr. )
Comme cette semaine nous sommes en vacances pour fêter dignement la patrie (Fête nationale le 1er Octobre) nous en profitons pour aller nous balader dans le 圆明园, le Jardin de la Clarté Parfaite, et du côté de la Cité Interdite.
Première visite: le Jardin de la Clarté Parfaite.
A l'entrée du Jardin de la Clarté Parfaite, les douze animaux du zodiac chinois se concertent sur le bassin aux nénuphars
圆明园 est le jardin de l'ancien Palais d'Eté, et, par extension, le Palais lui-même lorsqu'il existait encore.
Il a souvent été désigné lors de son apogée à l'époque de l'empeureur Qianlong comme le 万园之园, le jardin aux dix mille jardins, pour ses multiples parties aux influences à la fois orientales et occidentales, couvrant plus de 3km².
Il a été pillé et détruit presque entièrement en 1860 lors de la Seconde Guerre de l'Opium, par les troupes françaises notamment.
Des ponts ont été reconstruits, obviously
Les feuilles des nénuphars forment des vagues sur les bassins
Maintenant, le parc est partiellement ouvert à la visite, les lacs remplis de nénuphars sont toujours aussi beaux, mais les ponts et les arches surplombant les cours d'eaux ne sont plus que ruines éparses.
The Ruined Bridge, donc
Pour notre deuxième visite, nous avons eu la même idée que la quasi-totalité des gens de Pékin, et beaucoup de gens aux alentours: il fait beau, nous sommes en vacances, allons donc voir la Cité Interdite!
Une des entrées de la Cité Interdite, le Musée de la Cité Interdite
La Cité Interdite, ou 故宫 est la Palais Impérial de Pékin, construit au 15ème siècle sur ordre de l'empereur Yongle de la dynastie Ming. Elle a servi de résidence aux grands empereurs de dynasties Ming et Qin, jusqu'en 1924 lors de la fuite de Puyi le Dernier Empereur. Elle était interdite d'accès au commun des mortels, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, comme on peut le voir:
File d'attente devant la Salle de l'Harmonie Suprême
Nous n'avons même pas pu entrer dans les salles du palais, les files d'attentes étaient monstrueuses. De toute façon, avec plus de 720000 m² à visiter, nous avions fort à faire même sans tout voir.
Les jardins impériaux regorgent de rochers aux formes étranges, de passages et de détours menant à de petits ou grands palais aux noms évocateurs: Palais de la Pureté Célesté, Palais de la Concorde Heureuse, Salle de l'Harmonie Suprême...
Les rochers aux formes torturées
La cour d'un des palais
La Cité Interdite est un dédale de couloirs et de ruelles menant à 800 palais tous différents, et parfois à de gigantesques places où avaient lieu les réjouissances et festivités à l'époque des grands empereurs.
Un couple prenant une photo de leur petite fille- le papa porte une coiffe de princesse mongole
Les portes majestueuses, les palais colorés et les places imposantes semblent se succèder sans fin.
L'architecture des toits est impressionnante
Le Julio avec Zorro (à droite) et deux de ses amis!
Sur la plupart des portes d'entrée des palais, le nom du palais est inscrit en mandarin et en mongol, en hommage à la femme d'un des empereurs- les alliances avec le peuple mongol étaient nombreuses alors.
A gauche, le nom en mandarin, à droite, le nom en mongol
La Cité Interdite a été restaurée à plusieurs reprises car plusieurs fois incendiée (La plupart des bâtiments sont en bois, les incendies se propagent donc facilement). Les restaurations ont été faites à l'identique, l'aspect actuel de la Cité est presque celui d'origine.
Pour la plupart des bâtiments, les tuiles du toit sont jaunes: couleur de l'empereur et de la Terre, les murs rouges: couleur de prospérité, et les parties soutenant les poutres en bleu-vert: couleur de l'Est et du bois.
Le Julio devant les fameuses triples balustrades de pierre aux têtes de dragons
Le lieu est chargé de symboles et signes, d'objets destinés à apporter la chance ou à écarter les esprits malfaisants.
Une deuxième porte derrière la première, qu'il faut contourner,
et qui empêchent les esprits malins de 'voir' à l'intérieur du palais.
Le système de gouttières en forme de tête de dragon
fonctionnaient parfaitement en temps de pluie.
La plus grande porte de la Cité Interdite.
Sur la photo du dessus, le couloir du milieu est réservé à l'Empereur. Cette porte donne sur une dernière grande place avant la porte-frontière entre la cour extérieure de la Cité et la ville en elle-même. Cette porte frontière donne sur la place Tian An Men!
Les gardes, impassibles, se font prendre en photo
parfois à moins d'un mètre de distance sans broncher.
Nous sommes sortis par le couloir autrefois strictement réservé à l'Empereur. Aujourd'hui, les petits papis, les jeunes filles court vêtues, les enfants balançant une balle en tige (dernier jouet à la mode ici) l'empruntent sans état d'âme.
La sortie réservée à l'Empereur. L'impératrice, les princes et autres sujets
devaient emprunter l'un des cinq autre couloirs à côté de celui-ci.
Nous sommes en vacances jusqu'à dimanche, puis nous enchaînons sur 4 mois de cours non-stop, jusqu'aux festivités de la Fête du Printemps. Mais comment ferons-nous à Noël?!
Comme il est tard, vous aurez juste quelques photos:)
Dès le décollage, un coucher de soleil qui en fait se voyait mieux depuis les hublots de l'autre rangée.
A l'arrivée à l'aéroport de Pékin (extrêmement moderne, tout brille, est astiqué, propre et reluisant... ) qui retrouve-je? Ma grande copine, Tsao Yeung de face!! ( Saigo et Sanxut, watch out!)
Arrivée sur le campus de Tsinghua. Après avoir accompli les premières formalités administratives (dont une file d'attente de 2h00 pour refaire un visa, le visa X de notre passeport ne servant que pour l'entrée sur le territoire. Joie. ), il fait déjà nuit. Julien et moi dînons à côté de la BLCU dans un petit bouiboui qui ne paie pas de mine, mais sert des raviolis fabuleux (surtout ceux farcis au poulet/champignon parfumé)
Nous avons pris également une xuan la tan, qui au final, on ne sait pas pourquoi, a été remplacée par une soupe maïs-oeufs sucrée...
Quelques photos de Pékin et du campus de Tsinghua la nuit:
Une rue de Pékin... je crois que c'est à côté de Wudaokou...
Un garçon-ange!
En face du bâtiment principal de Tsinghua
Et puis... parce que vous en rêviez tous... A quoi ressemble donc une chambre de rez étudiante à Pékin? Il y a une SDB, un évier, une entrée avec un placard bof grand, un lit en fer ( sans matelas, ce qui est normal), la clim, une télé, le téléphone, bref ce n'est pas merveilleux mais déjà mieux que certaines chambres de cité U à Paris.